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L’ancre flottante : qu’est-ce que c’est et comment l’utiliser ?

Les navigateurs anglophones parlent de sea anchor, et non de floating anchor. Privilège Marine explique à quoi sert une ancre flottante, quand la déployer et ce qui la distingue d’une ancre de traîne.

Les navigateurs anglophones n’utilisent généralement pas l’expression floating anchor. Le dispositif désigné par cette expression est l’ancre flottante, appelée sea anchor en anglais : une voilure en toile résistante, semblable à un parachute, déployée depuis l’étrave pour maintenir le bateau face au vent et aux vagues. Son proche cousin, l’ancre de traîne (drogue), est déployé depuis la poupe pour ralentir un bateau qui fuit devant une tempête. Les deux dispositifs ne sont pas interchangeables. Une ancre flottante immobilise presque complètement le bateau et permet à l’équipage d’affronter le gros temps l’étrave face aux vagues. Une ancre de traîne maintient la poupe dans l’axe des vagues déferlantes et contribue à prévenir les départs incontrôlés en travers ainsi que les chavirages par l’avant. Pour les catamarans, qui ne se mettent pas à la cape comme les monocoques à quille et qui risquent de chavirer dans les vagues déferlantes, ces deux dispositifs présentent un intérêt particulier. La Jordan Series Drogue, développée à la suite de la catastrophe du Fastnet en 1979, figure parmi les systèmes les plus réputés. Privilège Marine explique le rôle de chaque équipement, quand le déployer et comment l’installer correctement pour garantir son efficacité.

Quel est le véritable nom d’une ancre flottante ?

L’expression floating anchor est une traduction littérale rarement utilisée par les navigateurs anglophones. Le terme approprié est sea anchor, parfois appelé para-anchor, car sa version moderne ressemble à un parachute. Une ancre flottante est constituée d’un cône ou d’une voilure en toile résistante, de plusieurs pieds de diamètre, déployée depuis l’étrave au bout d’une longue aussière. Une fois immergée, elle retient un important volume d’eau et génère une forte résistance hydrodynamique. Le bateau se maintient alors face au vent, presque immobile, pendant que la tempête passe.

Un dispositif apparenté, l’ancre de traîne (drogue), remplit une fonction différente depuis la poupe. Confondre les deux est une erreur fréquente et potentiellement dangereuse. Il est donc important de bien comprendre leur distinction. Une ancre flottante maintient le bateau presque à l’arrêt, l’étrave face aux vagues. Une ancre de traîne ralentit le bateau lorsqu’il fuit devant la mer, la poupe face aux vagues. L’une immobilise le bateau, l’autre contrôle sa vitesse lorsqu’il continue à avancer. Aucun de ces deux dispositifs ne peut remplir exactement la fonction de l’autre.

À quoi sert une ancre flottante ?

L’objectif d’une ancre flottante est de maintenir l’étrave orientée vers le vent et les vagues tout en réduisant presque totalement la vitesse du bateau. Un navire correctement retenu par une ancre flottante dérive très lentement sous le vent, souvent à moins d’un nœud. Son étrave fine affronte les vagues de face, ce qui constitue généralement l’orientation la plus sûre et la plus confortable dans un coup de vent.

Son utilité ne se limite pas aux tempêtes. Une ancre flottante peut maintenir un bateau privé de propulsion à distance d’une côte sous le vent après une panne moteur. Elle peut stabiliser un bateau pendant une opération de récupération d’un homme à la mer. Elle offre également à un équipage réduit ou épuisé la possibilité de s’arrêter et de se reposer au large, loin des routes maritimes fréquentées. Il s’agit, en quelque sorte, d’un moyen de se mettre à la cape lorsque la profondeur ne permet pas d’utiliser une ancre traditionnelle. Une condition reste toutefois essentielle : disposer de suffisamment d’eau libre sous le vent, puisque le bateau continue à dériver lentement vers les dangers situés dans cette direction. Plusieurs fabricants, notamment Para-Tech et Fiorentino, proposent des ancres flottantes dimensionnées en fonction du déplacement du navire.

L’ancre de traîne et la navigation en fuite devant une tempête

L’ancre de traîne répond à une autre problématique. Lorsqu’un équipage choisit de fuir devant une tempête plutôt que de s’immobiliser, la vitesse devient un facteur de risque majeur. Un bateau qui surfe sur une vague particulièrement raide peut enfourner son étrave et chavirer par l’avant, ou partir brutalement en travers. Une ancre de traîne, déployée depuis la poupe, génère une résistance qui limite la vitesse et contribue à maintenir l’arrière du bateau dans l’axe des vagues.

Le modèle le plus réputé est la Jordan Series Drogue, développée par l’ingénieur aéronautique Don Jordan avec les garde-côtes américains après la catastrophe de la course du Fastnet en 1979, qui avait coûté la vie à 15 personnes et entraîné le naufrage ou l’abandon de 24 bateaux. Contrairement à une ancre de traîne traditionnelle constituée d’un seul grand cône, ce système utilise 100 à 200 petits cônes de 13 centimètres (5 pouces), répartis le long d’une ligne de diamètre dégressif mesurant entre 90 et 180 mètres (300 à 600 pieds), avec un lest terminal de 7 à 11 kilogrammes (15 à 25 livres). Comme plusieurs cônes restent constamment immergés, la charge demeure régulière, ce qui limite les à-coups susceptibles d’arracher les fixations du pont. Lors d’essais de fatigue, le système a résisté à 15 000 cycles de charge, soit l’équivalent d’un ouragan prolongé, sans défaillance. Aucun des bateaux perdus lors du Fastnet en 1979 ou de la course Sydney–Hobart en 1998 n’était équipé de ce dispositif.

Ancre flottante

Quelle solution privilégier sur un catamaran ?

Les catamarans sont particulièrement concernés par cette question. Un multicoque ne possède pas de quille profonde et ne peut donc pas se mettre à la cape et progresser lentement face au vent de la même manière qu’un monocoque. Sa grande stabilité constitue également une vulnérabilité potentielle : lorsqu’il est exposé par le travers à de grandes vagues déferlantes, un catamaran peut chavirer. Les dispositifs de freinage hydrodynamique occupent donc une place importante dans les stratégies de navigation par gros temps sur multicoque.

Une ancre flottante peut être déployée depuis une patte d’oie reliée aux deux étraves, afin de maintenir le catamaran face au vent. De nombreux navigateurs hauturiers sur multicoque privilégient toutefois la Jordan Series Drogue, déployée depuis une patte d’oie à l’arrière, qui offre une protection importante contre le chavirage pendant la fuite devant les vagues. Les multicoques présentant une prise au vent plus importante et une résistance latérale dans l’eau plus faible, ils nécessitent généralement 20 à 30 % de cônes supplémentaires par rapport à un monocoque de déplacement équivalent. Chaque branche de la patte d’oie devrait mesurer environ 2,5 fois la largeur du tableau arrière, afin de répartir les efforts et de maintenir le bateau dans l’axe. Le catamaran sur mesure Rum Doxy, long de 14 mètres (46 pieds), a ainsi affronté au large du Japon des vents de 45 à 50 nœuds et des vagues déferlantes de 7 mètres (23 pieds) grâce à une ancre de traîne en série de 150 cônes. Il a dérivé de 56 kilomètres (30 milles nautiques) en douze heures et a traversé cet épisode sans dommage.

Comment déployer correctement une ancre flottante ?

Même un équipement de qualité peut devenir inefficace s’il est mal installé. Les détails du gréement sont donc déterminants. Il convient d’utiliser une aussière en nylon, plutôt qu’en polyester ou une chaîne seule, car l’élasticité du nylon permet d’absorber les chocs provoqués par chaque vague. Sa longueur doit être importante, souvent environ dix fois celle du bateau et rarement inférieure à 100 mètres (330 pieds). Elle doit être ajustée pour que le bateau et le dispositif travaillent de manière coordonnée avec la houle, le bateau se trouvant sur une crête tandis que l’ancre flottante se situe dans la suivante.

Il faut installer une patte d’oie afin de répartir les efforts entre deux points d’ancrage résistants. La cause de défaillance la plus fréquente est le ragage : il est donc essentiel de protéger l’aussière à chaque chaumard et point de passage à l’aide de cuir ou de gaines résistantes, puis de contrôler régulièrement son état pendant la tempête. Un émerillon permet d’éviter que le cordage ne se vrille. Une ligne de récupération munie d’un flotteur doit également être prévue pour remonter l’ancre flottante, qui devient autrement presque impossible à récupérer lorsqu’elle est remplie d’eau. Lorsque le bateau est retenu par une ancre flottante, il faut bloquer les safrans dans l’axe, car la lente dérive vers l’arrière peut faire basculer brutalement un safran non immobilisé et l’endommager. L’ensemble du système doit être rangé dans un sac dédié, avec les cordages correctement lovés et prêts à être déployés. Le moment idéal pour apprendre à utiliser ce dispositif est une journée calme, et non l’arrivée d’un coup de vent.

La sérénité d’un équipage bien préparé

La véritable valeur de ces dispositifs réside dans la confiance qu’ils apportent. Un équipage qui possède un équipement de freinage adapté à son bateau, qui s’est entraîné à le déployer et qui connaît la stratégie appropriée aux conditions rencontrées peut aborder le gros temps comme une situation à maîtriser plutôt qu’une crise à subir. Il est essentiel de choisir un dispositif adapté à l’architecture du bateau et à l’espace disponible pour dériver en sécurité. Il doit être rangé dans un endroit rapidement accessible. Un premier déploiement par vent faible permet de se familiariser avec les manœuvres avant d’en avoir réellement besoin.

Chez Privilège Marine, nous construisons des catamarans conçus pour traverser les océans et ramener leurs équipages à bon port. Nous considérons les équipements de navigation par gros temps comme une partie intégrante de cet engagement. Une ancre flottante ou une ancre de traîne, correctement choisie et déployée, peut transformer la pire nuit en mer en une épreuve qu’un bateau robuste et un équipage préparé sont capables de surmonter.